L’histoire : L’occupation de Turlande par les « routiers » anglais.

L’histoire : L’occupation de Turlande par les « routiers » anglais.
L’histoire : L’occupation de Turlande par les « routiers » anglais.

Après les hostilités du début de la guerre, on aurait pu croire que le traité de Brétigny du 8 mai 1360 allait rétablir la tranquillité, mais ce traité consacra l’occupation anglaise en Rouergue. 

Or la terre de Turlande chevauche la frontière. ( entre Rouergue et Auvergne)

Les « routiers », mercenaires à la solde des  anglais, ne se préoccupent pas des accords de paix: mis au chômage, ils vivent en dévastant  le pays et passent en Auvergne quand besoin s’en fait sentir, en se mettant au service de l’un ou l’autre parti qui les paiera. C’est ainsi qu’en 1362 ils ravagent la vicomté de Murat, à la demande des Cardaillac qui s’en disputaient la propriété  avec Renaud de Murat.

Et encore une fois, ce sont les terres de Turlande qui trinquent…

À cette époque il semble que Raymond de Peyre ait déjà mis la main sur la moitié des terres des Turlande : Il se dit seigneur de Turlande.

Cela n’empêchera pas les routiers de mettre le feu à la ville de Pierrefort, pour la première fois, en 1363.

On ne sait pas ce qu’est devenue alors la famille de Turlande car six ans après, ces brigands occupent à nouveau le fort de Turlande…

Puis treize ans après, nouvelle occupation par les routiers et cette fois les ducs de Berry et de Bourbon leur rachètent les terres.

Mais cinq ou six ans plus tard, c’est une nouvelle occupation par les routiers .C’est Seguin III de Badefol, surnommé Chopi (ou Chopin) batard de Gascogne, qui s’installe et ne quittera pas de sitôt Turlande.

Allié aux routiers d’Alleuze, de Carlat, de Valon et autres forteresses qu’ils occupent, ils mettent à contribution le pays, prélèvent à leur profit les redevances que les paysans payaient auparavant à leur seigneur, se groupent pour effectuer au loin des chevauchées au cours desquelles ils pillent les régions qu’ils traversent , ramenant dans leurs forteresses leur butin et des prisonniers à rançonner. Ils imposent aux villes des pâtis, ( ou courtes trêves ) durant lesquels ces villes peuvent se ravitailler dans les campagnes, vendent des laissez-passer aux marchands, frappent de marques ( amendes) tels villages ou villes ( même St-Flour) qu’ils estiment leur avoir porté tort. Ils engagent dans leurs rangs des garçons du pays que le besoin et l’aventure attirent…Ils vivent largement.

Le 3 novembre 1387, Chopi de Badefol signe une trêve de trois semaines avec le comte d’Armagnac. Elle sera prolongée de huit jours.

Pendant ces périodes, le calme renaît, le commerce se rétablit, y compris avec les routiers. On doit cette rémission à  un couturier de St-Flour qui a habillé toute la garnison de Turlande,( malgré l’interdit royal de négocier avec les « anglais »)   

La trêve terminée, St-Flour parlemente avec Turlande et Valon . Le clerc de Turlande, Roux, est convoqué pour négocier avec Renaud de Murat parlant pour St-Flour.Sans résultat…

La ville, que les routiers menacent, prépare sa défense.

Le résultat négatif des négociations menées jusqu’alors fut attribué aux menées secrètes du comte Jean II d’Armagnac.

Cependant Chopin de Badefol refusait l’argent proposé, estimant la possession de son château :Turlande, bien plus avantageuse. Il alléguait qu’Alleuse n’était pas évacué, que la trêve n’était pas irrévocablement conclue et il « marquait » de plus belle les terres de Séverac, soit à Pierrefort, soit à Chaudesaigues. On passa avec lui convention particulière et l’on institua un tribunal des marques à Chaudesaigues.

En 1388, malgré la trêve conclue, durant laquelle on discutait des conditions de l’évacuation des forteresses par les routiers, ceux-ci vont piller le Gévaudan.

Lors de la conclusion de l’accord, les montants de ces pillages seront déduits des indemnités. Nous connaissons ainsi leurs auteurs , en particulier ceux de Turlande, et la consistance de leurs rapines.( bibliothèque nationale, Doat, vol.203, fo 216)

Albaret le Comtal, La Fage, Noalhac, Fournel, Albaret Ste-Marie, Blavinhac, St-Just etc…ont été pillés par les routiers de Turlande dont les noms sont cités : Domengo, Perrot del Franc, Gervayso et sa bande, Spurio de Charbonière, le clerc Ros, Stevenet, Spurio de Limbes, Etienne de la Relha, Colin, le Petit, Jean de la Gardel, jaque, Borescot…

Ils ont consommé ou rapporté à Turlande :

Des espèces pour les trêves et marques ou autres amendes, des moutons, des bovins, des grains, de la farine, du pain, du matériel, un porc salé etc…pour plus de 745 francs, 48 florins d’or, et 959 poules et poulets!!!

Le total de la razzia pour les routiers des différents châteaux de la région s’établit à 400 bœufs, 2988 moutons, 3000 poules, des objets volés d’une valeur de 1344 livres, des convois de vin, blé, avoine, qu’ils firent voiturer dans leurs forteresses respectives. Ils firent 12 prisonniers.

Les dommages furent évalués à 7426 fr. près de 400.000fr en valeur or de 1901 soit aujourd’hui environ 1.000.000 €.

Pendant ce temps, les capitaines avaient poussé beaucoup plus loin avec le gros de leurs compagnies dans la vallée du Rhône. Lors d’autres expéditions ils étaient allés jusqu’aux abords de Toulouse.

Le 3 juin 1388, le comte d’Armagnac convoque Chopin de Badefol à Pierrefort pour le jugement de la marque d’Anchot de Turlande sur St-Flour. Les envoyés de St-Flour sont là, mais Chopin de Badefol craignant un piège refuse de venir…

Il s’ensuivit des discussions avec Jean III d’Armagnac qui aboutirent enfin à un accord le 25 novembre 1390 pour la libération de 32 places occupées par les anglais, dont Turlande.

Si bien qu’au 12 janvier 1391, on trouve une quittance de Chopy de Badefol

pour la somme spécifiée pour la remise du château de Turlande : 35000fr.

Carlat fut remis à Raynaud de Murat, lieutenant du bailli désigné avec la qualité de seigneur de Vigouroux, pour Raynaud de Pons, son possesseur légitime, le 3 mars 1391.

Les anglais sont enfin partis…

A suivre…

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